| nous écrivons - wir schreiben |
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Nous traduisons
· Wir übersetzen
La traduction
littéraire
n'est pas au programme du cours de français. Néanmoins,
il
peut être utile de s'approcher d'un texte par le biais d'une
tentative
de traduction. En plus, 2004, c'est l'année Rimbaud, et Pierre
Sommet
de l'université populaire de Krefeld avait l'idée de
faire
un petit concours de traduction de poèmes français.
Voici donc nos
premiers
essais.
Tout d'abord, un
poème en prose de DENIS EMORINE, auteur contemporain, encore mal
connu en Allemagne. Il écrit des poèmes, des
pièces
de théâtre, des nouvelles. Son poème
«Métaphore»,
parle de la poésie, bien sûr. Tobias Schiele, classe 11, a
traduit le texte.
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Métaphore
Longtemps j’avais erré dans la campagne, yeux tournés vers un ciel impassible, lèvres ouvertes à la mesure du vent, idées à la dérive… Echevelés, les hautes herbes tendaient leurs bras dans ma direction, essayant vainement de m’encercler. Pourquoi ? Je les chassais d’un froncement de sourcil, les foulais aux pieds sans y penser vraiment. J’aurai pourtant dû me douter que rien n’est jamais écrit en vain, que l’innocence n’existe que sur un page vierge et que le moindre signe s’inscrit d’abord contre soi.
Lorsque j’ai poussé la porte de la vieille maison éventrée, j’aurais pourtant dû m’en souvenir… Elle était là, sur le seuil, derrière moi. Je me suis retourné brusquement. J’aurais pourtant dû me rappeler qu’on ne l’invoque jamais en vain, qu’on ne prononce pas son nom – fût-ce à mi-voix – sans se compromettre. C’était bien Elle, en effet. Ses yeux verts étincelaient. Sans ciller, nous nous dévisagions en silence. Je l’ai empoignée à la gorge, battant l’air de mes bras. Aussitôt Elle se déroba mais je l’entendais ricaner dans mon dos.
Lorsque je revins à moi, j’étais étendu sur les dalles. Son haleine m’était montée littéralement à la tête. Mes cheveux en étaient tout imprégnés. Pour un peu, je serais bien resté ainsi, sur le dos, les bras en croix mais je me suis relevé promptement ; j’ai épousseté mes vêtements. Sous aucun prétexte, il ne faut effleurer son nom, même à la faveur du mystère supposé de l’écriture sinon vous êtes marqué de son sceau irrévocablement. Et vous n’aurez jamais assez de toute votre existence pour expier un tel moment d’abandon.
Metapher
Lange Zeit bin ich auf dem Land umhergeirrt, die Augen zu einem gefühllosen Himmel gewandt, die Lippen offen, wie der Wind es wollte, die Ideen schweifend. Das zerzauste Unkraut streckte seine Arme nach mir aus, versuchte vergeblich, mich zu umzingeln. Warum? Ich verjagte es mit einem Runzeln der Augenbraue, trat es nieder, ohne es überhaupt wahrzunehmen. Ich hätte jedoch wissen müssen, dass nichts vergeblich geschrieben ist, dass es Unschuld nur auf einem weißen Blatt Papier gibt und dass das geringste Zeichen gegen sich selbst spricht.
Als ich jedoch die Tür des ausgeweideten Hauses aufstieß, hätte ich mich dessen erinnern müssen. Sie war da, auf der Türschwelle, hinter mir. Plötzlich drehte ich mich um. Ich hätte daran denken müssen, dass man sie nie vergeblich anruft, dass man ihren Namen – und sei’s mit halber Stimme – nie nennt, ohne sich schuldig zu machen. Sie war es wirklich. Ihre Augen funkelten grün. Unverwandt blickten wir uns schweigend an. Ich packte sie an der Gurgel, ruderte mit den Armen durch die Luft. Sie entwand sich mir augenblicklich, und ich hörte sie in meinem Rücken kichern.
Als ich wieder zu mir kam, lag ich auf den Fliesen. Ihr Atem war mir buchstäblich zu Kopf gestiegen. Meine Haare waren ganz davon durchtränkt. Beinahe wäre ich so liegen geblieben, auf dem Rücken, die Arme seitlich ausgestreckt, aber ich bin sofort aufgestanden, habe meine Kleider ausgeklopft. Unter keinem Vorwand darf man ihren Namen erwähnen, auch nicht wegen des vermuteten Wunders der Schrift, sonst ist man unwiderruflich von ihrem Siegel gezeichnet. Und das ganze Leben reicht nicht, um den einen Augenblick der Nachlässigkeit zu büßen.
Deutsch
von Tobias Schiele